


Les impôts en Suisse fonctionnent très différemment de la France. Ils sont prélevés à la fois par la Confédération, le canton et la commune, souvent directement sur le salaire, et leur montant dépend beaucoup de l’endroit où vous vivez. Si vous prévoyez de déménager en Suisse ou d’y travailler en restant en France, ce guide vous aide à comprendre où vous paierez vos impôts, comment ils sont calculés et ce qui change pour vos revenus en France.
En Suisse, l’impôt sur le revenu est prélevé à trois niveaux : par la Confédération, par le canton et par la commune. S’y ajoute un impôt annuel sur la fortune, prélevé par les cantons et les communes. En tant que résident, la Suisse vous impose sur vos revenus et votre fortune dans le monde entier, à l’exception des immeubles situés à l’étranger : le pays où ils se trouvent continue de les imposer, mais la Suisse en tient compte pour calculer votre taux. L’impôt est calculé par année civile.
| Niveau | Qui fixe le barème | À savoir |
|---|---|---|
| Impôt fédéral direct (IFD) | La Confédération, avec un barème unique dans tout le pays | Progressif, 11,5 % au maximum. Pas d’impôt fédéral sur la fortune depuis 1959 |
| Impôt cantonal | Chacun des 26 cantons, selon sa propre loi fiscale | Porte sur le revenu et sur la fortune, avec des barèmes, des taux et des montants exonérés propres à chaque canton |
| Impôt communal | Chacune des 2 110 communes (au 1er janvier 2026), le plus souvent sous forme de supplément à l’impôt cantonal (« centimes additionnels ») | Explique les écarts entre deux communes d’un même canton |
C’est donc votre commune de domicile qui pèse le plus sur la facture : à revenu égal, la charge fiscale peut varier fortement d’un canton à l’autre, et même d’une commune à l’autre. Avant de choisir où vivre, comparez avec le simulateur fiscal de l’Administration fédérale des contributions, qui calcule l’impôt sur le revenu et la fortune commune par commune.
La Suisse taxe la fortune chaque année, même si votre patrimoine ne génère aucun revenu. Ce sont les cantons et les communes qui perçoivent cet impôt, et non la Confédération.
Vous déclarez votre fortune dans la déclaration d’impôt annuelle.
Côté français, l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) continue de s’appliquer à vos biens immobiliers situés en France si leur valeur nette dépasse 1 300 000 €, même après votre départ.
Une fois installé en Suisse, vous y payez vos impôts sur l’ensemble de vos revenus. La France n’impose plus que certains revenus de source française, comme les loyers d’un bien que vous y possédez. C’est la convention franco-suisse du 9 septembre 1966 qui détermine quel pays est compétent pour l’imposition, en fonction de votre résidence fiscale.
En pratique, si vous déménagez en Suisse avec votre famille et que vous y travaillez, vous devenez résident fiscal suisse à la date de votre arrivée.
L’année du départ se partage en deux :
Les années suivantes, vous ne faites de déclaration en France que si vous percevez encore des revenus de source française ; sinon, vous n’avez plus d’obligation envers l’administration fiscale française. Le service des impôts des particuliers non-résidents gère alors votre dossier (démarches année par année sur Service-Public.fr).
Si vous détenez d’importantes participations dans des sociétés, vérifiez avant votre départ si l’exit tax s’applique à vos plus-values latentes.
| Revenu | Pays qui l’impose | À savoir |
|---|---|---|
| Loyers d’un bien situé en France | France | La Suisse les exonère, mais en tient compte pour le taux |
| Plus-value sur la vente d’un bien immobilier en France | France | |
| Dividendes de sociétés françaises | Suisse | Retenue à la source possible en France, plafonnée à 15 % par la convention. La Suisse accorde un dégrèvement sur demande |
| Intérêts | Suisse | |
| Plus-values sur actions et titres | Suisse | La Suisse n’impose pas les gains en capital sur la fortune privée |
| Retraites du secteur privé (régime général, Agirc-Arrco) | Suisse | La France peut imposer la part qui ne serait pas imposée en Suisse |
| Retraites de la fonction publique française | France | Si vous avez la nationalité française |
Sur les revenus qui restent imposables en France, deux règles propres aux non-résidents s’appliquent :
Vous ne payez pas deux fois l’impôt sur le même revenu : lorsque l’un des pays impose, l’autre l’exonère ou accorde un crédit d’impôt, mais tient en général compte de ce revenu pour calculer le taux appliqué à vos autres revenus.
Conservez vos certificats de salaire, attestations de résidence et avis d’imposition des deux pays : ce sont eux qui prouvent votre situation en cas de contrôle. L’Administration fédérale des contributions rassemble la convention, ses avenants et les accords liés sur sa page consacrée à la France.
Avec un permis B ou L, vous n’avez généralement pas de déclaration d’impôt à remplir : votre employeur retient l’impôt chaque mois sur votre salaire et le reverse au canton. C’est ce qu’on appelle l’impôt à la source. Il concerne :
Il ne s’applique pas si vous avez un permis C, ou si vous êtes marié à une personne de nationalité suisse ou titulaire d’un permis C : le canton vous impose alors par voie de déclaration, comme un Suisse.
Le montant prélevé dépend :
Il comprend déjà l’impôt fédéral, cantonal et communal, ainsi que des déductions forfaitaires : cotisations AVS et LPP, frais de repas, primes d’assurance maladie et accident.
La taxation ordinaire ultérieure (TOU) est une déclaration d’impôt complète qui remplace l’impôt à la source. Le canton déduit l’impôt déjà prélevé du montant final : vous recevez alors un remboursement ou un complément à payer.
Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2021, les règles sont les mêmes dans tous les cantons :
| Votre situation | Ce qui s’applique |
|---|---|
| Résident, salaire brut annuel inférieur à 120 000 CHF, sans autres revenus | Impôt prélevé à la source, sans déclaration. Déclaration complète possible sur demande |
| Résident, salaire brut annuel d’au moins 120 000 CHF (pour un couple, si l’un des deux l’atteint) | Taxation ordinaire ultérieure obligatoire |
| Résident avec des revenus non soumis à l’impôt à la source (à Genève, à partir de 3 000 CHF par an), une fortune imposable ou un bien immobilier | Taxation ordinaire ultérieure obligatoire |
| Non-résident (frontalier, par exemple) | Déclaration complète possible seulement si vous êtes « quasi-résident » (au moins 90 % des revenus bruts mondiaux du couple imposables en Suisse) ou dans certains cas particuliers |
Une seule déclaration couvre l’impôt fédéral, cantonal et communal. Vous l’envoyez à l’administration fiscale de votre canton.
Le forfait fiscal, officiellement « imposition d’après la dépense », ne concerne pas les salariés. Il s’adresse aux étrangers qui s’installent en Suisse sans y travailler, souvent des retraités fortunés. Le fisc calcule alors leur impôt en fonction de leur train de vie, c’est-à-dire leurs dépenses annuelles en Suisse et à l’étranger, et non pas de leurs revenus.
Si vous gardez votre domicile en France et que vous y rentrez au moins une fois par semaine, vous pouvez travailler en Suisse avec un permis G de frontalier. Vous restez résident fiscal français, mais c’est le canton où vous travaillez qui détermine dans quel pays votre salaire sera imposé.
| Canton de travail | Pays qui impose le salaire | Ce que vous devez faire |
|---|---|---|
| Berne, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura (accord du 11 avril 1983) | En France | Remettre à votre employeur l’attestation de résidence fiscale n° 2041-AS, que l’administration fiscale française certifie. Sans elle, l’employeur prélève l’impôt à la source |
| Genève | En Suisse, à la source | Déclarer le salaire en France, qui accorde un crédit d’impôt. Taxation ordinaire ultérieure possible si vous êtes quasi-résident |
| Autres cantons (Zurich, Fribourg, Argovie…) | En Suisse, à la source | Déclarer le salaire en France, qui accorde un crédit d’impôt |
Retour quotidien : dans les cantons de l’accord de 1983, le statut de frontalier suppose en règle générale un retour quotidien en France. Jusqu’à 45 nuits par an passées hors de France pour raisons professionnelles ne remettent pas ce statut en cause. Au-delà, votre salaire devient imposable en Suisse.
Si vous télétravaillez depuis la France jusqu’à 40 % de votre temps de travail par année civile, dont 10 jours de missions temporaires, votre imposition de frontalier ne change pas :
La sécurité sociale suit une règle distincte, détaillée dans notre page sur le système de santé suisse.
Vous devez déclarer votre salaire suisse en France chaque année, même s’il a déjà été imposé à la source en Suisse. Voici comment procéder :
Le choix ne se résume pas aux impôts : il dépend aussi du coût du logement, de l’assurance maladie, du temps de trajet et de la situation de votre conjoint. Notre page travailler en Suisse compare les deux statuts point par point.
